24 février 2011

Que changer aux Lutins du Court-métrage ?


A la veille des Césars, je voulais apporter une conclusion à un microscopique débat lancé par ce message-ci, où je critiquais gentiment les nominations aux Lutins du court-métrage.

Suite à ce post, j'ai reçu le commentaire suivant du président des Lutins:


Cher Liam,
Je prends un peu de mon temps pour répondre à votre critique, concernant les nominations des films aux Lutins 2011.
Nous restons toujours à l'écoute et en particulier pour améliorer le mode de sélection des films aux Lutins.
Nous avons jamais prétendu être une alternative aux César !?
Nous avons un fonctionnement assez proche de l'académie des César et le but est de mettre en avant un nombre de films beaucoup plus important que les César et surtout de récompenser l'ensemble des corps de métier, ce que ne fait pas l'académie des César pour le court-métrage.
Comme vous le savez certainement, les César récompense un seul court-métrage, avec un seul prix "le César du meilleur court-métrage".
Alors si nous soufflons dans le sens du vent, sachez que nous sommes en permanence soucieux de ne pas passer à coté d'un film important. Mais néanmoins, la sélection est relativement difficile, car pour notre prochaine édition 2011 nous avions une liste de plus de 600 films inscrits, pour en retenir au final que 25 !
Une sélection est toujours relativement injuste, mais une chose est certaine, ce qui nous différencie des festivals, c'est justement le mode de sélection. Il n'est en aucune façon subjectif. C'est un vote démocratique et donc objectif.
Il appartient à chaque ayant-droit des films inscrits, de s'assurer que leur film a bien été visionné par les membres de notre premier électorat. Le but ultime des Lutins, c'est de présenter ces films à un public plus large.
Nous sommes bien évidemment ouvert au critique, mais très souvent nous nous apercevons que les critiques ou les remarques ne sont pas très constructives, car très souvent les uns et les autres ne comprennent pas très bien le fonctionnement du vote. Nous sommes également responsable et nous devons améliorer en permanence notre mode de communication.
Nous restons à votre disposition et vous pouvez si vous avez besoin, nous poser vos questions par mail : leslutins@leslutins.com
Bien cordialement.


Une réponse intelligente, donc, à laquelle j'ai répondu par le message suivant... qui, lui, est malheureusement resté sans réponse, et qui résume assez bien ce qui me frustre dans le fonctionnement de l'industrie du court:


Bonjour Stéphane,

Je viens de voir votre commentaire sur mon blog suite à mon message sur les Lutins.

Il me semblait avoir lu dans une interview (qui était peut-être de vous, je ne me souviens plus) que les Lutins se voulaient une "alternative" aux Césars. Le mot n'est sans doute pas le bon, et ma mémoire a sans doute déformé vos propos. Je comprends par votre commentaire l'idée derrière la démarche des Lutins (récompenser les différents corps de métier et pas juste un seul film comme aux Césars, etc.), et je la respecte.

Je comprends ensuite sans problème que la sélection soit difficile.

Ce que je voulais pointer dans mon message, c'était l'extrême similitude entre la liste des Césars et celle des Lutins.

Evidemment, il y a chaque année quelques courts qui sortent clairement du lot. Mais que d'une masse de 600 films émergent des deux côtés les même 10 à 20 élus, c'est un peu déprimant.

... mais c'est peu étonnant, lorsqu'on voit à quel point les comités des Lutins et des Césars se ressemblent !

Je comprends évidemment qu'il y ait des personnes amenées à voir une grande partie de la production annuelle, et leur présence dans ces comités s'impose. C'est normal.

Mais ce qui est triste et un peu frustrant, c'est de voir le sort des courts toujours dans les mains des mêmes: soumis à leur approbation lors du financement (les acheteurs TV, le CNC...), soumis à leur appréciation lors des tentatives de diffusion (encore les TV, les festivals...), les films sont encore une fois "à leur merci" lors des remises de prix en fin d'année.

Si je puis me permettre une petite exagération à titre humoristique, c'est comme s'il y avait un soviet supreme du court-métrage: ce sont eux qui financent les films, eux qui les diffusent, et eux qui les priment.
(on remarquera d'ailleurs la part dispropotionnée de films aidés plus ou moins largement dans ces listes - où sont les films auto-financés ? - sans parler des grosses boîtes qui reviennent d'année en année [Sombrero, Red Star, etc.]... et je passe sur le cinéma de genre, systématiquement sous-représenté)

Votre commentaire était constructif et intéressant, et je vais essayer moi-même de l'être en quelques mots.Ce que j'imagine, c'est une préselection des Lutins ouverte plus largement sur le monde du court-métrage, dans toute sa diversité. Pourquoi pas un collège de 100 ou 200 votants ? Avec des représentants de petits festivals par exemple, des réalisateurs, des producteurs, pourquoi pas même des journalistes ?

J'aimerai que les Lutins agissent un peu plus en contre-poids des Césars. Qu'ils permettent de montrer d'autres courts, tout aussi réussis, mais qui n'ont pas forcément déjà eu les honneurs de France 3, de Clermont et des Césars. Encore une fois, que d'une liste de 600 films, les deux principales cérémonies distinguent les 10 même courts, c'est presque... louche !

Voilà en gros à quoi je pensais lorsque j'ai écrit sur mon blog. J'espère ne pas avoir été trop brouillon ! En tout cas n'hésitez pas à me répondre car j'aimerai bien savoir comment vous envisagez les choses de votre côté sur ces questions.

3 commentaires:

(je suis réalisateur) a dit…

Ta réponse reprend ce que pensent beaucoup de gens du court-métrage, c'est très bien d'avoir pu la donner.

Effectivement le problème que tu pointes est effarant : ce sont les mêmes gens qui financent, diffusent et récompensent les films, et il est vraiment dingue de voir les 5 mêmes courts récompensés partout. Dans un récent article de rue89 (http://eco.rue89.com/2011/02/10/le-court-metrage-coince-entre-perfusion-du-cnc-et-systeme-d-189371-0) on apprend qu'il existe "officiellement" 675 courts-métrages aux yeux du CNC pour l'année 2010, et que Clermont a fait sa sélection parmi... 1400 candidatures...

La diversité du court-métrage n'est pas prête d'être représentée, surtout sur les lutins travaillent dans le même état d'esprit.

Anonyme a dit…

Excellente réponse de ta part, Liam. Quand ils sont apparus, ils ont apporté beaucoup d'espoir aux jeunes réalisateurs. Aujourd'hui, les "Lutins du court métrage" mériteraient qu'on leur remplace un L par un P. ;)

Alexandre Bouscary a dit…

Le mode de sélection : "Il n'est en aucune façon subjectif. C'est un vote démocratique et donc objectif."

Depuis quand la démocratie est synonyme d'objectivité ? Artistiquement qui plus est... Cette seule phrase met ce gars sur la touche.